
Je me souviens de la première fois que j'ai croisé ton regard. Tu as les yeux si bleus, si limpides qui semblaient transpercer mon âme. Je me souviens, tu étais adossé contre le tableau près de la porte de la cantine en balayant la foule du regard, comme détaché, comme d'habitude. Mais ça, je ne le savais pas encore. Tout ce que je savais, c'est que j'ai adoré tes yeux. Ce même jeudi midi de septembre 2007, j'étais assise à la table juste devant toi. Tu vois, je n'ai pas oublié... Après, je suis allée au CDI. Toi aussi. Là je t'ai regardé un peu, sous le charme, mais pas amoureuse (pas encore). J'ignorais en quelle classe tu étais, mais peu m'importait. Là, j'ai vu Delphine et Amélie dehors, près de l'arbre, dans la cour derrière le CDI. Je les ai rejointe, tandis qu'Amélie était en train de graver HS sur le tronc, avec un compas, je crois. Elles m'ont dit qu'il s'agissait d'un blond qui ressemblait à Troy dans High School, et du coup, nous l'avons toujours appelé High School. Je ne savais pas qui c'était, et on a craint que c'était le même que j'avais repéré à la cantine. En tout cas, quand je t'ai montré, le doute était levé, mais j'ai continué à te regarder.
Au fur et à mesure, j'étais de plus en plus obsédée par toi. Oui, je crois qu'obsédée est le bon terme, je ne parlais que de toi, je ne pensais plus qu'à toi et je ne regardais que toi. Tu dois être comme une drogue, une fois qu'on a commencé, c'est difficile d'arrêter. En tout cas, c'est ce qui s'est passé. D'ailleurs, la philo m'a permis d'interpréter mes sentiments. Mais en 1ère, je n'avais pas la philo, et donc j'ai suivi aveuglément le chemin de mon coeur, celui de l'illusion. Tu étais déjà pris et je le savais. Mais j'étais allée trop loin pour faire demi-tour. Je ne souffrais pas, tu étais une drogue. Je multipliais les occasions de nous voir. Et aveugle que j'étais, j'avais l'impression que tu le savais, et que tu n'étais pas si indifférent. Tous les indices me suffisaient pour étayer ma thèse. C'est d'ailleurs la définition de la passion, non ?
Le passionné vit pour une seule chose, en l'occurence, toi. Le passionné part de la conclusion et cherche des preuves pour confirmer cette conclusion. Mon Dieu. J'avais tous les symptômes de la passion. Si ce n'est que je n'ai jamais transgressé les interdits pour toi. Encore heureux.
Je me souviens qu'une fois, tu as doublé tout le monde jusqu'à l'escalier, et là tu as ralenti à côté de moi. Je sentais ton visage tourné vers moi, mais, le feu au joues, j'ai gardé le regard obstinément rivé vers le bas de l'escalier. T'es-tu au moins rendu compte des conséquences de ce geste anodin ?
Je me souviens qu'en janvier 2008, j'ai eu envie de prendre l'air, comme ça, une envie soudaine, impulsive. Je suis alors sortie du CDI. Et quand j'ouvre la porte... je tombe nez-à-nez avec toi. C'est la première et dernière fois que je t'ai parlé. Nos regards se sont croisés, tu as esquissé un léger sourire et tu m'as galamment laissée passer, comme le font les gentlemens dans les films. J'ai soufflé un "Merci" quasi-inaudible et je suis partie. Ce jour-là, je m'en souviendrais longtemps. Comme une occasion qui m'a été offerte. Mais que j'ai refusée, car je savais que je n'avais aucune chance. Je ne le regrette pas. Je ne le regretterai jamais.
Je me souviens de ton manteau bleu que mes copines n'aimaient pas. Mais moi, je l'aimais bien. Il t'allait bien, assorti à tes yeux. Un peu spécial, mais cela faisait ton originalité, ta différence.
Je me souviens de la fin de l'année, où pour passer dans le couloir, tu as dû passer tout près de moi, car quelqu'un bloquait le passage. Ce n'était pas la première fois, mais je m'en souviens. Mon coeur qui battait la chamade, les sourires entendus de mes copines...
Je me souviens à la cantine, de la fois où tu t'es assis à notre table. Il y avait pourtant de la place ailleurs. Mais non. Tu t'es mis là, et tes copains t'ont rejoint, dont High School. D'ailleurs, j'étais avec Barbara et Pauline, mais les autres n'ont pas voulu s'asseoir avec nous. On a refusé de se déplacer, et on a mangé à trois, à seulement deux places de toi...
Je me souviens d'autres choses aussi. Mais elles sont tellement anodines et pourtant tellement merveilleuses lorsqu'elles sont associées à toi. Passionnée, je te dis.
Mais tu es parti. Tu as eu ton Bac et j'ai décidé d'en profiter pour t'oublier. Cela ne servirait à rien de penser encore à toi.
Sans compter que tu sembles être à l'Université pas loin du Lycée. Cela fait trois fois depuis la rentrée que je t'ai vu. Les deux dernières fois sont dûes au fait que nous prenons le même bus, dans deux sens différents.
La première fois de ces deux fois-là, c'était il y a quinze jours ou trois semaines. Je finis à 1h le mercredi parce que j'ai Allemand renforcé. Au centre-ville où il y a la statue, à l'arrêt de bus, j'ai été prise d'une impulsion soudaine. J'ai remonté l'avenue jusqu'au prochain arrêt de bus, alors que je risquais de le rater. Mais j'y suis allée quand même, comme guidée par une force invisible. J'avais une baguette dans les mains, et je m'arrange pour la mettre dans mon sac. Puis, tournant la tête vers le carrefour, je pense à toi et pour la première fois depuis longtemps, je me souviens de ton visage, clairement. Le bus arrive trente secondes plus tard, et en montant, je crus que mon coeur allait s'arrêter de battre. En effet, tu étais là, à la deuxième rangée à gauche, près de la fenêtre. Malgré tout, j'ai fait semblant de rien. Tu es descendu à l'arrêt que je venais de quitter à pied. Dire que j'aurais pu te rater ! Je ne sais pas du tout ce que tu as pensé de moi, mais quand je t'ai vu partir, je me sentais apaisée. Etait-ce l'effet drogue ou guérison ? J'espérais qu'il s'agissait de la seconde option. Mais à la gare, j'ai décidé d'aller m'asseoir, et sans arrière pensée, je me suis assise à ta place, sans me rendre compte de ce que je faisais. J'ai compris deux minutes plus tard, mais je n'ai pas bougé.
Aujourd'hui, la même impulsion m'a prise sur la place, mais cette fois je n'ai pas bougé car j'avais peur rater le bus. Cependant, mon pressentiment s'est confirmé, quand je t'ai vu descendre. Nos regards se sont croisés, je le sais. Tu t'y attendais aussi peut-être ? Tu portais ton manteau bleu si spécial et le sac noir que tu avais eu à ton anniversaire (enfin je crois). Tu m'as rendue Euphorique pour le reste de la journée. A jamais ton nom restera associé à mes années lycée... Je ne t'aime plus. Enfin, je l'espère.
Je sais ce que vous allez dire :
"No, no es amor lo que tu sientes
Se llama obsesión
Una ilusión en tu pensamiento
Que te hace hacer cosas
Así funciona el corazón"
Peut-être. Une belle obsession alors.